Exposition ’Marc Chagall, monstres et chimères’ Du 28 juin au 29 octobre 2007

, par  France-Belarus.com , popularité : 5%

Avec l’humour qui le caractérise, l’artiste n’hésite pas à se peindre lui-même en animal : sous les traits d’un coq (Le coq, 1947, musée national d’art moderne - Centre Pompidou, dépôt au musée des Beaux-Arts de Lyon) ou d’une chèvre, animal pour lequel il a maintes fois exprimé son affection et sa compassion.

Quel sens peut-on donner à ces êtres hybrides ? Au delà de la dimension symbolique ou métaphorique, il ne faut pas exclure la dimension religieuse, liée aux traditions hassidiques de la région de Vitebsk en Russie, ville natale de l’artiste.

Ces êtres hybrides, Chagall les a connus sans doute en regardant les diables des icônes et les compositions issues de la sculpture médiévale de son pays natal qu’il admirait profondément.

Marc Chagall (1887-1985) Les mariés de la Tour Eiffel (détail), 1938-39 - Centre Pompidou, Musée national d’art moderne © Photo CNAC/MNAM dist.RMN - Philippe Migeat © ADAGP, Paris, 2007. La série des Caprices de Goya où l’homme prend si souvent l’aspect d’un âne a aussi retenu toute son attention. Plus généralement, l’hybridation, perceptible dans toute l’histoire de l’art a marqué l’imagination de Marc Chagall. En ce sens, il s’inscrit dans une tradition qui englobe des œuvres aussi célèbres que le retable d’Issenheim, les compositions de Jérôme Bosch ou de Johann Füssli.

C’est dans la même tradition que trouvent à s’inscrire certains de ses contemporains. En effet, de Picasso à Brancusi, de Hans Arp à Victor Brauner, les quadrupèdes ailés, les femmes-oiseaux et autres monstres plus ou moins aimables, constellent la production du XXe siècle. Dans l’iconographie de Chagall, l’hybridation trouve ses figures de récurrence : la tête humaine est remplacée par une tête d’animal, les bêtes ont des membres humains, dont elles se servent pour jouer de la musique ou pour peindre, de même qu’il pousse des bras et une tête aux violoncelles qui se jouent eux-mêmes.

Enfin, l’omniprésence des bêtes domestiques, vache, chèvre, coq, met l’accent sur les souvenirs d’une enfance au contact des bêtes. L’oncle boucher sacrifiait les vaches en leur murmurant des paroles apaisantes. La chèvre jouant du violon évoque les fêtes enchantées au son de la musique du violoniste ambulant. Le poisson rappelle la figure du père, marchand de harengs. Et si les oiseaux jouent aussi du violon ou du schoffar, c’est que leur chant est comparable à la musique divine.

Avec l’humour qui le caractérise, l’artiste n’hésite pas à se peindre lui-même en animal : sous les traits d’un coq (Le coq, 1947, musée national d’art moderne - Centre Pompidou, dépôt au musée des Beaux-Arts de Lyon) ou d’une chèvre, animal pour lequel il a maintes fois exprimé son affection et sa compassion. L’âne, animal modeste, mais aussi messianique, est ici donné comme une possible image de l’artiste (Autoportrait à la pendule, 1947, Paris).

Ces figures composites sont donc toujours la marque d’un raccourci poétique, qui donne à voir en une seule image ces divers niveaux de représentations. André Breton en 1941, parlait de l’entrée de la métaphore dans la peinture du XXe siècle avec Chagall. Il soulignait sa capacité à « affranchir l’objet des lois de la pesanteur, abattre la barrière des éléments et des règnes » et à traduire en langage plastique les traces troubles du rêve comme l’essence des êtres et des choses.

Une exposition qui peut également être visité en famille, car l’univers de Chagall est très accessible aux enfants.

Commissaires d’exposition : Maurice Fréchuret, directeur des musées nationaux du XXe siècle des Alpes-Maritimes et Elisabeth Pacoud-Rème, chargée d’études documentaires, chargée des collections du musée national Marc Chagall, Nice.

Musée national Marc Chagall (29 juin - 29 octobre 2007)
Avenue Docteur Ménard
06000 Nice (Tél : 04 93 53 87 20)
Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 18h
Accès : Gare SNCF-Nice, bus n°15, arrêt musée Chagall, en voiture
itinéraire fléché depuis le centre-ville.


Marc Chagall, de son vrai nom Moyshe Segal, naît le 7 juillet 1887 à Vitebsk, en Biélorussie. Il ne reste pas grand chose de la ville ’triste et joyeuse’ décrite par le peintre dans son autobiographie romancée, Ma vie : la destruction par les nazis des quartiers juifs, et l’urbanisme dévastateur des années staliniennes en ont profondément modifié la physionomie : invité en URSS en 1973, Chagall refusera de retourner sur les lieux de son enfance. Si Vitebsk apparaît dans de nombreux tableaux après le départ du peintre pour Moscou en 1920, c’est sous la forme du souvenir qu’il en a conservé.

Chagall souligne le contraste entre les baraques en bois du shtetl, la communauté juive de Vitebsk, et les constructions en pierre du haut de la ville. Le motif de la cathédrale, élevée en 1743 par un architecte italien, sera utilisé par Chagall à de nombreuses reprises ; il finira par symboliser à lui seul sa ville natale. Lorsqu’il peint ce tableau, deux ans avant son départ définitif de Russie, Chagall est déjà en pleine possession de son style.

Chagall, dont les parents sont illettrés, est l’aîné d’une famille de neuf enfants. Son père travaille dans un dépôt de harengs, tandis que sa mère tient un modeste commerce d’épicerie. Il suit les cours en hébreu de l’école juive, avant de pouvoir entrer dans un établissement officiel, en principe interdit aux Juifs, où il apprend le russe. Les parents de Chagall, profondément religieux, sont d’obédience hassidique.

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