L’anniversaire de la mort d’Adam Mickiewicz, poète national polonais Mort à Constantinople, le 26 novembre 1855 - 2008

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Paradoxalement la biographie de Mickiewicz souligne l’ambiguïté du sentiment national. Né à Nowogródek, en Biélorussie actuelle, il fait ses études à Wilno et ensuite enseigne à l’école à Kowno en Lituanie actuelle.

Dans un de ses poèmes il parle de la Lituanie comme de sa patrie. Il prône souvent les avantages du pluralisme culturel de la Pologne.

Né à Zaosie, près de Nowogrôdek (Lituanie, aujourd’hui Biélorussie), le 24 décembre 1798

Mort à Constantinople, le 26 novembre 1855

Dans la littérature polonaise Adam Mickiewicz occupe une place emblématique. Le grand poète romantique est le créateur de la conscience nationale à l’époque où la Pologne, partagée entre trois grandes puissances, était privée de l’indépendance nationale et semblait condamnée à disparaître de la carte politique de l’Europe.

Au cours des deux derniers siècles l’œuvre poétique de Mickiewicz a été la preuve de la survie de l’esprit national aux moments difficiles et source d’inspiration pour la culture nationale. Le grand poète prophétique est resté toujours la référence fondamentale de la « polonité ». Après sa mort à Constantinople en 1855 le transfert de sa dépouille mortelle à Paris a donné lieu à une manifestation populaire. En 1890 la mise au tombeau de son corps au château de Wavel à Cracovie, s’accompagnait des différentes expressions du sentiment national. Il y a trente ans, en 1968, c’est la présentation au Théâtre National de Varsovie de ses Aïeux qui était le détonateur des manifestations estudiantines pour la liberté et contre le régime.

Le barde romantique reconnu depuis la publication de son recueil de poésies en 1822 comme le grand poète polonais, publie en 1834 Pan Tadeusz œuvre épique sur la culture nobiliaire de la Pologne, interrompt presque complètement son travail poétique et s’adonne à l’action politique et à la réflexion mystique au service de la cause nationale. Engagé avec passion dans les luttes du Printemps des Peuples, il organise une légion polonaise, publie un journal international, déclare au pape Pie IX lors d’une audience spéciale que l’Esprit Saint est dans les blouses du peuple parisien. Il se voulait pèlerin de la liberté.

L’anniversaire de la mort d’Adam Mickiewicz demande à être placé dans le contexte d’aujourd’hui. Comment situer ce poète national polonais dans l’Europe actuelle ? Paradoxalement la biographie de Mickiewicz souligne l’ambiguïté du sentiment national. Né à Nowogródek, en Biélorussie actuelle, il fait ses études à Wilno et ensuite enseigne à l’école à Kowno en Lituanie actuelle. Dans un de ses poèmes il parle de la Lituanie comme de sa patrie. Il prône souvent les avantages du pluralisme culturel de la Pologne, de la coexistence des différentes religions, groupes ethniques et cultures, en y voyant une des prémisses fondamentales de la renaissance nationale polonaise. Il attend aussi une unification future des peuples et en tant qu’Européen refuse de respecter les frontières. « Ces lignes tracées par les doigts des rois pour séparer les nôtres des étrangers et en faire des ennemis naturels ». Le grand romantique associe donc le national et le peuple, considère que la liberté est au-dessus des appartenances nationales. « La liberté n’est pas une cause étrangère ». Passant sa vie loin du pays natal, il transforme sa nostalgie en vision prophétique où la grandeur et la nécessité du national est dans ce qu’il porte de l’universel et dans. ce qu’il porte à l’universel. C’est le grand thème de l’enseignement de Mickiewicz au Collège de France.

Le destin a voulu que Mickiewicz passe la plus grande partie de sa vie en dehors de la Pologne. A l’âge de vingt-cinq ans il est d’abord mis en prison par les autorités tsaristes et ensuite mis en résidence surveillée en Russie Centrale pour cinq ans. Il fait a connaissance et se lie d’amitié avec les écrivains russes, Pouchkine en tête. En 1829 il suit les cours de Hegel Berlin, rend visite à Goethe à Weimar, enfin en 1832 s’établit à Paris pour le reste de ses jours (sauf une année d’enseignement à Lausanne en 1839-1840, la formation de la légion polonaise qu’il entreprend en Italie en 1848 et le dernier voyage en Turquie pour y organiser des unités polonaises capables de lutter contre la Russie dans la Guerre de Crimée). Il attribue à la France un rôle particulier dans la lutte pour la liberté en Europe, affirme que la vocation particulière de la France est de faire la synthèse des peuples de l’Europe, en mettant à la disposition de la lutte pour la liberté ses forces armées et sa flotte. Avec amertume et parfois colère il parle de ce que l’on pouvait considérer comme l’abandon par la France de sa vocation libératrice. La France a donné au plus illustre des Polonais ce qu’elle avait de plus prestigieux : la chaire au Collège de France qu’il devait occuper depuis 1840 jusqu’à 1844. A côté de Michelet et de Quinet, il apparaissait ainsi comme un des plus grands esprits de son temps. Au Collège de France il enseignait les littératures slaves, en improvisant le plus souvent, faisant scandale dans la plupart des cas. Il ne cherche pas à retrouver une communauté des peuples slaves, fondée sur l’ethnogenèse et la tradition mais plutôt communauté du destin collectif. Les peuples slaves ont un rôle à jouer, puisqu’ils disposent d’une énergie non utilisée encore. Le peuple polonais a une place particulière dans ce destin, puisque tout comme la France, dotée du « génie de la réalisation » parmi les peuples romans, la Pologne parmi les peuples slaves peut jouer le rôle unificateur dans l’Europe : « les Polonais et les Français, peuples toujours inquiets et toujours inquiétés ». Dans les cours du Collège de France Mickiewicz expose aussi, et de façon révoltante pour les milieux bien-pensants c’était la raison pour laquelle les autorités françaises ont mis fin à son enseignement - ses idées sur le christianisme.

Bronislaw Geremek, ministre des affaires étrangères de la République Polonaise

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